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BIENVENUE

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Ma Passion. Première storie !

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Résumé : Hélène à seize ans, Passionnée de musique, elle chante dans un groupe avec des amis. Ils se produisent le samedi soir au Blue Night, un club de jazz. Un jour, Matthieu Tota, un jeune producteur, arrive chez elle sans prévenir pour lui proposer de tenter une carrière de chanteuse solo. Hélène accepte d'aller à Paris avec lui, contre l'avis de ses parents...

J'espère que vous aimerez =)

( Si vous voulez être prévenu pour la suite dites-le moi ;D )

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# Posté le mercredi 02 juillet 2008 14:28

Modifié le dimanche 06 juillet 2008 11:08

Chapitre 1 :

Je crois qu'ils vont me rendre folle.
Pourtant ils sont mignons, Sofiane et Yohann, mes petits frères, surtout lorsqu'ils me regardent avec leurs yeux bruns, limpides. Mais je ne me fie guère à leur innocence. Derrière cette douceur affichée, je les sais malins, pétillants, désarmants. Insupportables parfois. Le problème, c'est qu'ils additionnent tout : les coups de coeur et les colères, la gentillesse et bêtises.
- Mangez, vite !
- Pourquoi, vite ? dit Yohann.
- C'est mauvais de manger trop vite, renchérit Sofiane.
J'essaie de me montrer conciliante :
- Papa rentre tard. Je dois vous mettre au lit avant huit heures.
- Je ne vois pas le rapport, dit Yohann.
Effectivement, il n'y en a aucun. Ils m'agacent. A huit ans, ils ne vont pas faire la loi, tout de même ! J'en ai le double.
- Qu'est-ce que c'est, ce truc ? demande Sofiane en reniflant son assiette.
- Du sauté de veau.
- Beurk ! dit Yohann.
Sofiane repousse son assiette :
- Pour moi, ce sera un hamburger frites.
- Tu te crois au restaurant ?
- Risque pas !
Toujours ces yeux candides. Ils me cherchent !
- Sauté de veau ! Tu sais pourquoi on l'appelle comme ça, Sof' ? demande Yohann. Non ? Tu donnes ta langue au chat ?
- C'est ce machin que je donne au chat.
- Sérieux : quand tu l'as avalé, ça te saute dans l'estomac comme une grenouille, voilà pourquoi.
Ça, c'est Yohann. Surtout ne pas sourire, sinon les vertiges de mon autorité s'évanouiront.
- On peut allumer la télé ? demande Sofiane.
- Quand vous aurez fini de manger.
- Sois cool, Hélène, allez !
Je cède. En regardant l'écran, au moins, ils ne penseront pas à ce qu'ils mangent .
- la 3. Il y a une émission super chouette.
- « Les espoirs de la chanson », dit Sofiane en rigolant tout bas.
Il y avait longtemps ! La chanson, c'est ma passion. Avec trois copains musiciens, j'ai formé un petit groupe : les Phenom-N. On joue de temps en temps dans les bals, les mariages, et au Blue Night, un club de jazz. C'est là que je dois chanter ce soir, comme tous les samedis. Il y a quelques mois, FR3 a diffusé une courte séquence filmée au cours d'une de ces soirées. Notre heure de gloire. Pas terrible, en réalité. J'avais commis l'imprudence d'annoncer l'émission longtemps à l'avance. La famille s'était réunie devant le petit écran pour voir se démener un orchestre fantôme et une chanteuse inaudible. Depuis, mon prestige a baissé d'un cran et les plaisanteries des jumeaux ont grimpé de dix.
Le temps passe, je vais être en retard au club.
On dirait qu'ils le font exprès !
- Mangez ou j'éteins !
Trop tard : mon père arrive. Laouni Carter est un bel homme, mince et élégant. J'étais fière de me promener avec lui, à l'époque où il m'emmenait. Maintenant, le travail dévore ses loisirs et l'éloigne de nous.
Les jumeaux se bousculent, escaladent ce grand corps sec et robuste, se frottent contre son visage. Il sourit d'un air las. Puis ma mère, Luana, surgit à son tour. Elle regarde la table et soupire :
- Ils n'ont rien avalé !
Pas une bouchée. Les sales mômes ont obtenu ce qu'ils voulaient : Ils vont pouvoir dîner en famille.
En emportant leurs assiettes pour les réchauffer, Luana m'adresse un regard de reproche. Si elle croit que c'est facile d'être l'aînée ! Mes s½urs nous rejoignent en douceur. Amandine, douze ans, est rêveuse, détachée des choses terrestres telles que le repas des jumeaux. Quant à Claire, qui a un an de moins que moi, elle ne s'intéresse qu'à elle-même. C'est une beauté, et elle le sait. Elle passe son temps à se maquiller, changer de toilette et prendre soin de son corps.
Maman préfère compter sur moi, hélas ! Non, je suis injuste. La fée Luana _ comme je la surnomme lorsque ne nous chamaillons pas _ est la femme la plus courageuse de monde. Je l'aime, je l'admire : mais moi, je n'aurai pas six enfants, ça non ! Je serai chanteuse, du moins si on me laisse le temps de chanter.
Je monte en vitesse dans ma chambre, ouvre mon armoire, décide de mettre ma robe bleue.
Le tissu, léger et soyeux, accroche la lumière ténue du Blue Night. Et puis elle est sexy, paraît-il, cette robe, juste ce qu'il faut pour briller sans allumer. Tiens, c'est marrant, ça !
Zut ! Une énorme tache s'étale sur la jupe. Elle sort du pressing, pourtant. Un soupçon me propulse au salon.
- Claire, tu portais quelle robe, samedi dernier ?
- Samedi ? Je ne sais plus moi... Ma robe, je crois, répond l'intéressée d'un ton de suprême ennui.
- Mais non, la bleue. Tu étais très jolie, intervient Amandine.
La distraite ne remarque pas le regard meurtrier qui lui décoche sa s½ur.
- Tu aurai pu au moins m'avertir que tu l'avais salie !
- Pas fait attention.
Mon ½il ! Elle sait que j'ai horreur qu'elle emprunte mes fringues.
- Tu peux prendre ma robe blanche, si tu veux, propose Amandine.
Je souris. Pourtant, j'ai le c½ur gros. Dans cette maison, il n'y en a pas un pour prendre ma futur carrière au sérieux.
- A table ! annonce Luana en surgissant de la cuisine.
Il me reste un peu plus d'une demi-heure. Je me dépêche d'avaler un minuscule morceau de veau et la moitié d'une pomme de terre.
- Ne mange pas trop, me conseille Yohann.
Qu'est ce qui lui prend ? L'½il malicieux de Sofiane m'avertit d'une traîtrise prochaine.
- Des fois que FR3 serait là !
- Arrêtez de dire des bêtises ! ordonne Luana.
- C'est vrai, elle n'aurait plus d'appétit pour boulotter ses cheveux, dit Sofiane.
Je hausse les épaules. Le soir de la fameuse émission, avec le rythme, j'avais les cheveux sur le visage. Dans la bouche, paraît-il, à la manière de Sara Schérer, la Canadienne.
- Elle avait un cheveu sur la langue, ajoute Yohann.
Ils éclatent de rire. Pas moi. Je jette ma serviette et quitte la table. Après avoir enfilé un pantalon noir et ma chemise blanche, je me présipite au garage. Ma petite honda est dans un coin. A moitié démontée, hélas ! L'orchestre doit attaquer dans dix minutes, et je suis sans véhicule. j'en ai ras le bol. Je monte comme une furie.
- Flory !
Le quatrième enfant de la famille est au bout de la table. Il se tient un peu en retrait, le visage penché. Je sais qu'il a un journal de mécanique sur les genoux. Je le lui arrache et balance à l'autre bout de la pièce.
- Qu'est ce que tu as fait à ma moto ?
Il montre un regard éberlué derrière ses lunettes rondes :
- Ta courroie de transmission, elle avait du jeu.
J'essaie de respirer profondément pour ne pas crier :
- Le moteur est en miettes.
- La courroie était nase, j'en ai récupéré une neuve.
- Où elle est, cette courroie ?
- Là, j'en ai pour une petite heure.
- Espèce de taré !
Cette fois, ça y est : j'ai hurlé.
- C'est possible d'avoir un peu de calme ? demande Laouni, agacé.
Autrefois, il me protégeait. Mais, depuis quelque temps, on dirait que mes problèmes n'ont plus d'importance. J'en ai les larmes aux yeux :
- Tu pourrais m'aider !
- Toi aussi !
Le ton est glacial. Du coup, j'éclate en sanglots. Amandine se précipite pour me serrer dans ses bras. Je la repousse avec douceur. Laouni jette un bref coup d'½il à Luana avant de se lever :
- Aller, viens, je t'accompagne.
Je reconnais enfin la voix tendre qui me console depuis que je suis née.

La suite : 5 com's

# Posté le mercredi 02 juillet 2008 16:47

Modifié le mercredi 09 juillet 2008 03:32

Chapitre 2 :

A neuf heures, le Blue Night est encore endormi. Les copains installent leurs instruments. Il y a Will, le batteur; Reynald aka Rizou, le saxo; et Khalid, le guitariste. C'est lui le leader du groupe. Pas très doué, mais chouette garçon.
J'ai droit aux plaisanteries d'usage; mais ce soir je ne suis pas d'humeur à rire. Laouni m'a laissée sur le parking en m'embrassant sur le front : « Amuse-toi bien ! » Comme s'il s'agit-sait d'un jeu ! Chanter, ne lui en déplaise, n'est pas un passe-temps, c'est mon métier, enfin celui que je compte exercer plus tard. Pour l'instant, je réussis tout juste à gagner assez d'argent pour faire face aux anniversaire des membres de ma nombreuse famille.
- Il y a de l'orage dans l'air, fredonne Will.
- Toi, la ferme !
- Tu devrais te refaire une beauté, me conseille Khalid. Ton mascara, c'est la Bérézina !
Je descends aux toilettes pour réparer les dégâts provoqués par ma crise de nerfs . Ce n'est pas du luxe. Au retour, je traverse la salle. Un tiers des tables sont occupées. Avant onze heures, on ne sert pas d'alcool, au Blue Night, c'est pourquoi on nous autorise à jouer, car nous sommes mineurs, excepté Khalid.
Les clients, jeunes pour la plupart, bavardent sans prêter attention aux Phenom-N, qui ont commencé à jouer en mon absence. Le Blue Night est un club de jazz, et notre musique ressemble timidement à ce qu'on peut entendre à partir de onze heures, au moment où le groupe laisse la place à des pros.
Au passage, Hakim, le patron de la boîte, m'adresse un sourire amical qui se veut encourageant.
Je monte sur scène, saisis le micro et attrape la musique au vol. J'ai pris ma voix rauque, style Sarah Vaughan. Puis j'enchaîne avec « Solitude » de Duke Ellington. Je suis à des années lumière de la célèbre chanteuse noire Billie Holiday, mais je sais que j'ai une belle voix, chaude et, paraît-il, émouvante. Et puis, dès que je suis en scène, j'oublie tout. Je me sens différente : libre, attirante, irrésistible.
A présent, c'est « Good Morning Heartache » de Dan Fisher, ma préférée. Les copains s'excitent un peu trop, à mon goût. Le blues, c'est une blessure, une plainte, pas un cri de fureur. Au premier rang, j'ai remarqué un homme. Il est jeune, blond, vêtu de sombre, beau comme un dieu. Inconsciemment, je laisse mes yeux se porter sur lui. Il a l'air solitaire. Je l'imagine triste, déçu, en proie à l'ennui. De temps en temps, il me jette un bref regard, puis incline la tête, comme pour laisser le blues pénétrer en lui.
Lorsque « Good Morning » se termine, je demande à Khalid de jouer « Love Song ». Cette chanson-là, c'est moi qui l'ai écrite. Elle est tendre, désespérée; et Rizou, dans un éclair de génie, a composé pour elle une belle mélodie.
Voilà ce qu'il faut au garçon mélancolique !
Cette fois, je remporte mon petit succès. La salle s'est remplie, les clients applaudissent. Mon beau ténébreux, lui, s'est installé à une autre table. Il me tourne le dos et, à mon grand dépit, il n'a pas écouté un traître mot de ma chanson. Il bavarde familièrement avec Hakim. Lorsqu'il se retourne vers moi, je lui trouve un air ironique et méprisant. Qu'il aille se faire voir !
Tandis que la colère commence à bouillonner en moi, Hakim fait signe à Khalid. Après avoir déposé son instrument, notre guitariste rejoint le patron et son invité avec sa démarche arquée de shérif de western. Il écoute docilement, hoche la tête et revient, mais cette fois en traînant les pieds.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Il veut que tu chantes « Ne me quitte pas ».
J'ouvre de grands yeux :
- La chanson de Brel ?
- C'est ringard ! dit Will.
Je rectifie :
- La chanson est superbe, mais ce n'est pas mon genre.
- Et puis, on n'est pas à la foire aux auditeurs, grogne Rizou.
- Allez, je t'accompagne, insiste Khalid en prenant sa guitare.
- Pas question.
Je plante le micro sur sa fourche et saisis mon sac. C'est l'heure. Terminé pour ce soir !
- Charrie pas ! supplie Khalid. C'est Hakim qui le veut. Pour une fois qu'il nous demande quelque chose ! On lui doit une fleur, non ?
Je hausse les épaules :
- Des clous ! On ne lui doit rien du tout. Pour ce qu'il nous paie : le tiers des pourboires, même pas !
- La tune, OK, concède Khalid. Mais cette boîte, le Blue Night, ce n'est pas rien. Et c'est grâce à Hakim qu'on est là, ne l'oublie pas.
- Grâce à mon père, son ami d'enfance.
Un soupçon m'effleure :
- Du reste cette idée, elle n'est pas de lui, pas vrai ?
- C'est le mec qui est avec lui, confirme Khalid.
- Le minet ? renifle Rizou.
Le personnage est loin d'être un minet, mais décidément son arrogance me déplaît :
- D'abord, ce type, d'où il sort ? On ne l'a jamais vu.
- Hakim le connaît.
- Pas moi, désolée !
Je file vers la sortie.

La suite : 10 com's.

# Posté le vendredi 04 juillet 2008 15:01

Modifié le dimanche 06 juillet 2008 11:03

Chapitre 3 :

- Arrête !
Khalid me retient par le poignet. Il dit tout bas :
- Fais-le pour moi.
Je n'ai jamais su résister à la douceur. Une chanson, après tout ! Je reviens vers l'estrade en affichant un air maussade. Et je recommande aux autres :
- Pas trop de bruit !
Ils se tordent de rire, comme des idiots. Du coup, ils se mettent à jouer pianissimo; on les entend à peine. Ca me convient très bien. Je peux laisser aller ma voix. Quand je veux, je chante bien. Dans la salle, les conversations se sont tues. Pour une fois, il me semble qui les gens sont attentifs; sauf le blond, qui continue à bavarder avec Hakim comme si je n'existais pas. Merveilleuse chanson. C'est elle qui fascine encore les blasés du Blue Night, c'est elle qu'on applaudit, Hakim plus fort que les autres.
Son compagnon, lui, reste de marbre. Il ne sait même pas dire merci. Si, tout de même. Il s'avance tandis que nous rangeons notre marériel. Je crois qu'il va m'adresser un mot gentil, mais il se contente de tendre la mais à Khalid :
- Tu permets ?
C'est sa guitare qu'il veut. On aura tout vu ! Il s'installe sur l'estrade comme chez lui. Il ne nous reste plus qu'à vider les lieux en attendant qu'il ait fini son numéro. On s'assoit tous les quatre autoure d'une table. Je consulte ma montre : dix heures et demie, il faudrait que je rentre. Mais, ce prétentieux va se planter en beauté, j'espère, et je ne manquerais le spectacle pour rien au monde !
Tandis qu'il accorde la guitare, je lui trouve ostensiblement le dos et bavarde à haute voix avec mes copains.
Soudain, la guitare se met à vivre. Phénomène étrange: on dirait un autre instrument. Ses sonorités rappellent Santana. Il joue un air à la fois vibrant et nostalgique. Troublant. Au bout de trente secondes, je parle dans le vide : les autres, fascinés, regardent le guitariste. Malgré moi, je me retourne à mon tour. L'homme est transformé, comme un instrument. Il sourit. Son visage est d'une beauté sauvage. Ses longs doigts nerveux griffent la musique, la forcent à gémir et à crier. Mon c½ur se met à battre à ce rythme-là.
De temps en temps, le musicien me regarde fugitivement. Il me semble qu'il joue pour moi. Pure illusion, je sais bien. Il est tellement habité par ses vibrations qu'il ne voit rien. Il enchaîne les morceaux. Je reconnais au passage « Summer Night » de Harry Warren. Le voyage dure longtemps, près d'une heure. Et, quand il arrête, j'ai la sensation d'émerger d'un rêve profond. La magie demeure. La salle reste muette, avant d'exploser en applaudissements frénétiques. Les Kiss _ l'orchestre qui doit nous succéder _ sont rester debout, au seuil de la salle, leurs instruments à leurs pieds. Ils sont là depuis combien de temps ?
Hakim s'empare du micro. Il lève la main. Le public se calme :
- Vous avez tous reconnu Matthieu Tota, qui nous a fait l'honneur de jouer ce soir.
- M*rde ! s'exclame Khalid.
Matthieu descend de l'estrade sans saluer son public. Il rend la guitare à Khalid sans un mot, juste un léger signe de tête pour dire merci, puis il disparaît.
J'adresse une interrogation muette à Khalid, qui contemple sa guitare comme un objet sacré.
- Tu te rends compte ? dit-il. Ce mec est tout jeune, mais c'est déjà une légende. Il a joué avec les plus grands : Timbaland, Sebastian, Ryan Leslie... M*rde ! M*rde !
Chez Khalid, les jurons servent à exprimer le sublime.
- Tu me raccompagnes ?
Je demande ça avec humeur. Khalid me dévisage comme si j'avais commis un sacrilège. Matthieu Tota a joué sur sa guitare et, moi, je ne pense qu'à dormir ! Puis sa gentillesse l'emporte :
- Allez, viens !
Bien que je simule l'indifférence, au fond je suis aussi émue qui lui. L'image du garçon persiste en moi. C'est une douleur lancinante, une vague tristesse à l'idée que je ne le reverrai sans doute jamais. Mille questions se bousculent sans ma tête : pourquoi m'a-t-il demandé de chanter ? Pourquoi Brel ? Pourquoi m'a-t-ilignorée ensuite ? Pour m'humilier ? Je suis furieuse. Pas contre lui, oh non : contre moi. Furieuse de ne pas avoir plus de talent, furieuse de n'être pas plus belle, furieuse d'être obsédée par son visage et ses mains.
J'imagine qu'en le voyant jouer toutes les filles doivent ressentir la même chose.
Pendant tout le trajet, Khalid et moi n'échangeons pas un mot. Je comprends ce qu'il éprouve ! Depuis toujours, il rêve de ressembler à Matthieu. Mais il n'est pas jaloux, il connaît ses limites : même en travaillant cinq heures par jour sa vie durant il ne jouera jamais comme lui.
Et moi, je me sens épuisée, découragée. J'ai seize ans et, comme on dit, toute la vie devant moi. Mais il y a ma famille, mes études, le bac à la fin de l'année. Il y a ma voix qui n'a aucune chance de franchire les portes capitonnées du Blue Night. L'aventure, ce n'est pas pour moi.

La suite : 15 com's

# Posté le samedi 05 juillet 2008 08:28

Modifié le dimanche 06 juillet 2008 11:09

Chapitre 4 :

C'est le surlendemain que ma vie bascule.
A cinq heures dix, comme chaque jour, je laisse Lisa, mon amie du lycée, au coin de la rue. Lisa, Hélène; on nous confond parfois. Même notes, même écriture, même sourire, paraît-il. Seule ma réputation de chanteuse me distingue.
Du bluff ! Je pousse la grille du jardin, gravis les escaliers du perron et cherche ma clé lorsque la porte de la maison s'ouvre. Je vois briller des yeux de chat. Amandine !
- Il y a quelqu'un qui t'attend, souffle-t-elle.
Cette voix impatiente ne lui ressemble guère.
- Maman est là ?
- Elle est allée chercher les jumeaux.
Je pense aussitôt à Michèle Kiffer, ma prof d'Anglais. Après un échange de mots acides, elle a menacé de parler de mon insolence à Luana.
- Elle est en bas ?
- IL est en bas, rectifie Amandine.
Pas de Michèle, c'est déjà ça. En bas, c'est la véranda, au ras du jardin. Je dégringole l'escalier et vois Claire penchée gracieusement sur un inconnu.
Pull noir, cheveux blonds. Pas si inconnu que ça.
- Matthieu ?
Je me reprends :
- Monsieur Tota ?
Il sourit :
- Je m'excuse de débarquer chez vous sans prévenir. C'est Hakim qui m'a indiqué votre adresse. Tu peux m'accorder quelques instants ?
Avec le tutoiement, la voix se fait plus douce.
Au fond de moi, une inconnue répond : « toute ma vie ». Et j'enregistre au soleil de l'après-midi tout ce que la pénombre du Blue Night s'est contentée de suggérer : les yeux clairs, les pommettes hautes, le pli des lèvres, la peau dorée, les muscles sous le pull collant à même la peau.
- Quelques instants, seulement, dit-il.
Je dois avoir l'air hébété :
- Bien sûr.
- Je ne suis pas de trop ?
Ça, c'est Claire, ma jolie s½ur à la jupe trop courte pour être honnête.
- Va m'attendre au salon, tu veux ?
- Pas de problème.
Le sourire éblouissant est destiné à Matthieu, mais elle en est pour ses frais : c'est moi qu'il regarde.
- Voilà, je suis musicien...
- Je l'avais deviné !
Cette allusion à son numéro de samedi soir l'amuse. Il est craquant quand il sourit. A présent, je me sens bien. Sous sa nonchalance, je devine une passion à fleur de peau. Ses mains nerveuses le trahissent.
- Mon père dirige une maison de production spécialisée dans les émission musicales, poursuit-il. La société s'appelle Concerto. Elle bosse avec Canal Sat, TPS, MTV, M6. Elle réalise aussi des clips pour les stars de la chanson. Bref, Concerto est actuellement à la recherche de nouveau talents. De temps en temps, quand mes concert le permettent, je l'aide. Je voyage beaucoup, en France et à l'étranger. Je vois toutes sortes de spectacles. Samedi, je t'ai entendue chanter au Blue Night. Tu as une voix superbe.
Comme je me sens rougir, pour me donner une contenance je fais remarquer :
- Il m'a semblé pourtant que tu n'étais pas très attentif.
Il sourit. Un soupçon d'ironie, pas vraiment blessante.
- Il ne m'a fallu que quelques instants. Entre nous, tes Phenom-N ne valent pas un clou, et ton répertoire ne te convient pas. Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, ce n'est pas ton genre.
Je demande, vexée :
- C'est quoi, mon genre ?
- « Love Song », c'est toi qui l'as écrite ?
- C'est moi, oui.
Je m'attends au pire. Il hoche la tête :
- Belle chanson, et ta voix est faite pour elle. Tu es une chanteuse romantique, Hélène.
Il pose une main sur son front :
- Au fait, j'aurais dû commencer par là. Tu es très jeune...
Pas tant que ça, quand même. Il me prend pour une gamine !
- Le Blue Night, c'est peut-être un passe-temps...
On croit entendre mon père !
- Une carrière de chanteuse, ça te plairait ?
Là, il se rachète ! Mon c½ur s'affole, ma gorge est si contractée que je suis incapable de sortir un mot. Je me contente de la regarder intensément. Chanteuse ! Mais je suis née pour ça !
- Je te pose cette question parce que Concerto organise un grand concours, en collaboration avec la firme Sony. La sélection des candidates est impitoyable, mais la manifestation sera retransmise à la télévision, et le prix justifie bien des efforts : un disque, un clip, plusieurs émissions sur MTV2, MTV Hits, TV6, plus la couverture de presse. Une chance unique de percer. Une chance pour toi.
- Pour moi ?
- Si je ne le pensais pas, je ne serai pas ici.
Ah bon ! il ne s'agit que de ma voix.
Dommage. J'espérais que ma frimousse et mon anatomie justifiaient un peu l'insistance du prince charmant. Enfin ma voix, c'est mieux que rien. Je plaisante : c'est super !
- Je pourrais t'enregistrer ?
- Bien sûr. (Et comment !)
- J'ai besoin de trois ou quatre chansons romantiques. Tu as ce qu'il faut ?
- J'en ai quelques-unes.
- Je peux voir ?
Je file dans ma chambre et reparais avec mes ½uvres complètes : six textes, dont trois prometteurs, d'après ma prof de français, très branchée poésie. Mais la poésie et la chansons... Matthieu les survole.
- J'en ai aussi. Tu connais le Studio Winger ?
- C'est à Aix, non ?
- Près de l'avenue de l'Europe. 3, rue Coudret. Tu notes ?
Je note.
- Demain ?
- Déjà ?
- Le concours aura lieu dans moins de trois semaines. En principe, il y a six candidates, mais ils ne sont pas sûrs de la sixièmes. Pour être franc, je n'y pensais plus, mais en te voyant, j'ai eu un coup de foudre.
Il a de ces mots ! J'admire son profil, le dessin de ses lèvres. Vigueur et tendresse. Comment résister à tant de charmes ?
- Ils l'auront aussi, affirme-t-il.
- Quoi donc ?
- Mais le coup de foudre !
Ah oui, je l'avis oublié; celui-là !
- J'ai téléphoné aux organisateurs et réservé le studio
Je le dévisage avec des sentiments mêlés de panique et d'admiration. Au moins, il sait ce qu'il veut.
- Je pourrais, mais après les cours.
- Dix-huit heures ?
- D'accord. Tu veux parler à ma mère ? Elle ne va pas tarder.
Je maudis ma voix de petite fille et le sourire moqueur de Matthieu.
- Après l'enregistrement, si ça ne te dérange pas. Il faut que j'y aille. A demain !
Je le raccompagne jusqu'au portail. Il a une Porsche gris métallisé. Un geste de la main. Il démarre comme un bolide. Lorsque je me retourne, j'aperçois les visages de mes s½urs collés à la fenêtre.
- Qui c'est ? demande Amandine.
- Un guitariste et chanteur, dit Claire d'un air entendu.
Je souris à Amandine :
- Matthieu Tota. Il est célèbre, tu sais.
- Tu est amoureuse de lui ?
Je caresse les cheveux soyeux de ma petite s½ur.
- Bien sûr que non, voyons.
Elle hoche la tête avec gravité :
- Tu devrais.
Je monte dans ma chambre pour retrouver un peu de sérénité. Tout de bouscule dans ma tête : les yeux de Matthieu, les projecteurs, les écrans de Canal Sat. On serait éblouie avec moins que ça. Comme je suis naturel raisonnable, je me répète mille fois : c'est ma voix qui l'intéresse. Ma voix, ma voix, rien que ma voix.
Puis mon imagination dérape. Ma rêverie m'emporte dans les coulisses d'une histoire d'amour qui s'écrit contre ma volonté.

( il est long je sais ^^ mais il se passe quelque chose de très intéressant =) )

La suite : 20 com's

# Posté le dimanche 06 juillet 2008 12:34

Modifié le lundi 07 juillet 2008 15:06